22.4.06

 

V - Maria

Nous, on s'y retrouve tous les week-end, au Starbuck's. Et cette fois-ci, on a senti quelque chose de bizarre. Ce mec là, avec sa drôle de dégaine, on ne l'avait jamais vu. C'est Stacy qui l'a remarqué en premier. Elle trouvait que sa chemise n'allait pas avec son pantalon. Je me suis retournée, et il a vu que je le regardais. Je ne crois pas qu'il ait senti qu'on se marrait. Je ne sais pas, on a dû arriver vers 10h30, et il devait être déjà là, à boire son verre des yeux. Nous, on est rentré et on s'est installé à nos tables habituelles, comme le café est toujours vide. Je me suis toujours demandé comment ils pouvaient vivre en vendant quatre cafés par semaine. Alors on a fait un jeu: savoir d'où il venait, et quel était son métier. Je me suis rappelé qu'après que c'était l'épicier, le père d'Andy et Charles. Comme je me retournais tout le temps pour chercher, il a fini par le remarquer. Alors il s'est approché, et on ne savait plus où se mettre. Mais il n'avait pas l'air violent, et il y avait le barman pas loin. Il s'est approché d'un pas lent, j'ai cru que ça durait une éternité. Aussi lentement il s'est assis, l'air complètement découragé. Les autres, elles rigolaient, et moi j'étais comme une pivoine. Et il a commencé son monologue, comme si on n'était pas là: sa famille devait se réunir, et il ne voulait pas y aller, il se trouvait bête d'être resté là dans l'épicerie de la ville, alors que toute la famille était partie faire sa vie, et que sa soeur, il ne la connaissait même pas, et que ses enfants ne le respectaient pas, qu'ils ne connaissaient pas leurs cousins, et que tout était de sa faute, sa femme voulait s'installer ailleurs, refaire sa vie à la Nouvelle-Orléans, que là-bas il aurait trouvé un endroit pour ouvrir une épicerie plus grande, et surtout qu'il ne supportait plus le poids de son père dans la ville, l'ombre de ses secrets et ses manières de prince. Mais ça a duré une heure, et à la fin j'étais toute seule avec lui, et je l'ai embrassé, et je suis partie.

16.4.06

 

On S'en Fout, On Y Etait

Comme certains d'entre vous le savent déjà, nous sommes allés voir le concert de Bénabar jeudi dernier à Lille. Arrivés juste à l'heure, une place toute chaude en face de la scène nous attendait. Premiers chocs: la composition du public, plutôt bobo voire coincé, et son manque d'enthousiasme. Autant vous dire qu'avec Marco, on ne s'est pas laissé intimider.
Tout a commencé avec Bertrand Belin en première partie, un jeune homme charmant, seul en scène avec sa guitare, et dont les paroles étaient malheureusement peu compréhensibles. Les critiques fusent autour de nous: "on aurait dû prévoir les tomates", "tu sais, il fait ça bénévolement". Un hurlement d'encouragement et un coup de hanches joliment appliqué plus tard, les méchancetés s'arrêtent brutalement.
Bénabar arrive sur scène en glissant et en sautillant, mais le public dans la fosse reste stoïquement sur ses deux pieds, hochant vaguement de la tête (uniquement dans ses moments de délire total). Contraste aride avec la dépense d'énergie du chanteur trentenaire, tout en calembours et en trompettes. Juste pour en citer un exemple, une reprise du fameux air de Carmen par une adolescente fraîchement plaquée: "Le love est fils de gitan qui n'a jamais connu de carcan, si tu ne me kiffes pas je te kiffe, et si je te kiffe...fais gaffe à ta p'tite gueule!"
Dans le monde de Bénabar, on n'offre pas d'appareil à pierrade à ses amis, les fous du manger et vivre sain ne sont pas rois, les mots d'amour ne se trouvent pas dans les manuels et il est permis de s'énerver sur son fils qui ne veut pas dormir. Un monde finalement très proche du nôtre... Bénabar n'est donc pas simplement le produit de la pompeuse "nouvelle scène française", il est un artiste polymorphe, farouchement moderne, qui sait tenir son public au charme et à l'humour, tout simplement.

11.4.06

 

Exercice de Style: la Description

L'escarpin sur les toits
Enveloppe l'escalier de soie
D'une tendre insouciance,
De sa lumière blafarde

Vacillent les ombres du plafond,
Caché derrière la lanterne magique.
Seul le désert menace le pont,
L'orage et l'acacia

Tandis que l'obsidienne se blottit
Dans son écrin d'anthracite
L'orage révèle le prisme
Aux sept couleurs

Ne reste que le plafond,
Réfugié sous la neige noire
Du printemps, qui résiste en vain
A sa flamme agonisante.

1.4.06

 

Variations Sur Eugénie

Mon Eugénie, d'à peine six ans,
Elle a appris de sa maman
Que les mamies, quand passe le temps,
Sont à l'abri des mauvaises gens.

Mon ingénue au mollet blanc
S'est souvenue, près de l'étang,
Des m'as-tu-vu, qui sur les bancs,
Lui jettent dessus un oeil méfiant.

Mon Eugénie s'est souvenue
De tous ces gens qui l'air de rien
La prennent de haut, la fixent d'en bas
Du haut de son mètre vingt-trois.

Mon ingénue s'est penchée sur
La surface bleue, elle y a vu
Les traits si fins, les boucles rousses
De celle qui enfièvre les pâles.

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