5.2.06
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Se lever, et s'asseoir, dans un même mouvement. Et le faire naturellement. Bientôt trois mois que je la vois tous les samedis soirs de ma séance cinéma. Bientôt trois mois que je cherche le moyen de lui parler, simplement, sans détours. Chaque semaine, c'est le même rituel cinéphilique: vérification du billet, léger sourire incliné, semblant d'invitation de la main gauche. Et chaque semaine, l'esquive. L'occasion est venue: après les informations Pathé, le film ne s'est pas lancé. Elle reste immobile et pensive.Se lever lui demander des explications, entendre sa voix grave, peut-être partir avec elle chercher le projectionniste, dans une quête commune.Pourquoi la projection ne commence-t-elle pas? Ou simplement lui chuchoter à l'oreille mon étonnement, effleurant son bras, et humant son affolant parfum. Voir enfin ce sourire de près, sans le contrôler.
La séance commence et tout s'efface.
Le film est bien long à se lancer. Je n'aime pas ça. Il est seul dans la salle, comme d'habitude, et je suis son seul divertissement. J'ai bien compris son manège. Il vient tous les samedis; on peut sentir son parfum musqué emplir la salle.
Trois minute d'une longueur infinie. Plusieurs fois qu'il essaye en vain de commencer une conversation. L'indifférence reste la meilleure défense. Me voilà bien. Il me fixe et se met à sourire. Quelle odeur! Il empeste. Il va venir me demander trop près ce qui se passe.
Quand vais-je sortir de cet enfer? Rester moi-même, penser à l'extérieur, à la fin du service - je déteste ce métier - quitter ce costume ridicule. Pourvu qu'il ne vienne pas. Ces gestes le trahissent, plus encore que son regard.
Le rideau est tiré: je sors et j'oublie.
P.S.: à partir de la proposition de KA
Comments:
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Merci pour les compliments! En fait, l'exercice obligeait à raconter une même histoire vue de deux points de vue différents, d'où la structure croisée. Biêntôt, la suite des aventures en Louisiane qu'on a jamais vue!
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