24.10.06

 

VII - Philip

Ses lèvres étaient douces, plus lisses que celles de Claire. Une petite lycéenne en mal d'aventure prend pitié d'un pauvre gars et décide comme ça qu'un simple baiser suffira. C'était bon, l'espace d'un instant seulement, comme quand Isabel avait cassé le vase préféré de Maman pour se faire gronder avec moi. Certaines filles prendraient en pitié la terre entière, si on les laissait faire. Mais Isa s'était éloignée, heureusement, et je ne lui inspirais plus qu'un profond sentiment de regret.
Le trajet vers la maison fut trop court pour que je me prépare à l'épreuve qui m'attendait. Ils étaient tous là et pendant un moment je ne reconnus même pas mes propres enfants, fascinés par l'aura de leur grand-père. En embrassant ma soeur, je lui glissai à l'oreille à quel point cette mascarade me révulsait. Je lus sur son visage une crispation trop connue mais elle ne répondit pas. J'avais interrompu le rituel du discours: Papa venait de se lever - avec une difficulté visible et douloureuse - et finissait apparemment son couplet sur la disparition brutale de Maman. Il était clair pour nous tous que sa mort avait déclenché son déclin mental et physique, mais son charme et son pouvoir n'avaient pas été entamés.
Après avoir évoqué la joie de nous voir assis ensemble, et regretté l'inévitable rareté de ces réunions, nous nous apprêtions à applaudir et à lever nos verres, mais il resta debout, affaibli et tremblant, et je crus un instant qu'il nous révèlerait le secret qui le rongeait et que chacun de nous soupçonnait depuis des lustres sans se l'avouer, et tandis qu'il se rasseyait silencieux, sans un regard pour ses enfants, je vis Andy et Dolores expérimenter l'art du baiser le plus discrètement et le plus sagement possible.

Comments:
j'adore ton style, tu m'avais manqué tu c!
 
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